Le sexe du maître. L'érotisme d'après Lacan

Le maître a donc un sexe ? Au sens où il en posséderait un, dont il userait à son gré, certainement pas. Bien plutôt en est-il l'esclave. Mais quel sexe ? La réponse peut surprendre, même si elle est historiquement attestée : non pas le flamboyant phallus (lui-même appelé « maître d'éros », ce qui prouve bien que le maître n'en est pas le maître) mais l'anus. « Souverain », en latin, se dit superanus. La sexualité du maître est assise dessus, hormis le fait que c'est un anus intouchable, interdit, moyennant quoi le maître manque de stabilité, de cette habileté qu'on lui prête fort illusoirement et que chacun – poussé par les idéaux modernes d'autonomie, de liberté, de contrôle de soi et d'autrui, de responsabilité – croit pouvoir endosser.La mort de Dieu étant la fin véritable de l'immortalité, la sexualité moderne devrait se précipiter, à nouveaux frais, dans la maîtrise. C'est peine perdue, souligne ce livre qui, suivant quelques fils dépliés par Freud, Foucault, Lacan, mais aussi certains travaux gays et lesbiens, tente de dire les conséquences de cet échec. « Il y a sur le sexe un secret bien gardé : la plupart des gens n'aiment pas ça. » (Leo Bersani).