Le sexe de la vérité - Érotologie analytique II

Rien ne semble entamer l’inimaginable faveur dont ne cesse de bénéficier la vérité. On porte, à juste titre, des millions de morts à son compte, un tant soit peu soutenue, elle cautionne les persécutions les plus résolues, et cependant les quelques procès qui lui sont intentés – philosophiques – n’ébranlent guère son prestige. C’est que seul l’oubli la met en cause. De là son nom grec d’a-létheia qui dit qu’elle est ce qui prive d’oubli (de léthé).« C’est de réminiscences surtout que souffre l’hystérique. » Avec cette phrase, Freud donnait le véritable coup d’envoi de la psychanalyse. Elle revenait à dire que le symptôme prive d’oubli, qu’il est une vérité. Or, un gigantesque malentendu s’est très tôt greffé là-dessus. Partant de ce non-oubli, paradoxalement, on a orienté la psychanalyse vers la recherche de l’oublié – c’est l’anamnèse – alors qu’il s’agissait d’oublier ce qui n’avait pu l’être.